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On en aura des saisons, des torrides et des blêmes

On en aura des saisons, des torrides et des blêmes
Bon, les gens, vu que je pars en vacances pour un mois vous ne pourrez plus agrémenter vos périples internet d'escales dans ce blabla général qu'est mon blog. Trop dommage, non? ^_^

[En gros, je pars en vacances, ça vous fait des vacances. Chacun est gagnant :) ]



A la revoyure, chères prunelles de mes yeux que vous êtes, et en attendant voilà un(e) petit(e) texte/ nouvelle/ chose que j'ai écrite hier soir, et retravaillée ce matin, au titre provisoire de "Vieux Rose":





*Ses petits escarpins vieux rose. La ballade de ses mollets moulés dans des bas trop épais. Ca plisse, ça glisse, et le rythme du tango serpente autour de sa cheville en même temps que la soie opaque dégringole le long de la jambe.
Elle mettait tant de désinvolture dans ce mouvement indolent du pied qui caressait le sol sans trop oser s'y fixer, que c'eût été criminel de ne pas s'arrêter quelques instants pour admirer ce mécanisme innocent et léger qui semblait contenir en lui toute la candeur et la sensualité du monde.

De temps à autre elle s'accordait une pose, s'asseyait avec grâce sur un des tabourets branlants disposés autour de la piste de danse. L'homme accoudé au bar, qui ne venait ici que pour la guetter, pouvait alors apercevoir le ballet muet de la femme inconnue remettant son personnage en ordre. Ainsi il observait, descendant telle une liane pour recouvrir le genou dévoilé par la chute du bas de soie, une main fluette aux ongles teintés de rouge, petits fruits alignés à l'aspect lisse et sage comme les premières cerises de l'été.

Le brouhaha soudain semblait se dissiper, et l'agitation des danseurs ne lui importait guère, car il regardait en suspens une main gracile qui replaçait un bas. Client ordinaire d'un café sans prétention, il attendait chaque soir que les escarpins entrent en scène. Toujours les mêmes, dont le cuir vieilli annonçait le plus doux des rêves, comme une invitation à se perdre dans le rose défraîchi mais si intense. Il aimait cela, l'idée que les choses usées pussent être belles. Il trouvait que la lumière, loin d'être douce, n'en devenait que plus aveuglante à vouloir rendre la tendresse de cette couleur. Il suivait la femme du regard, elle et ses chaussures d'un autre temps, souvenir d'une époque où les bars résonnaient des notes du charleston.

Elle dansait, loin de l'homme au comptoir et loin d'elle-même, portée par ses escarpins roses. Peut-être ne savait-elle même plus pourquoi elle dansait, pas plus que ne s'imprimait dans son esprit le visage de ses cavaliers d'un soir. Elle avait les escarpins aux pieds, et dans le coeur le chant du bandonéon qui évoquait confusément les ruelles de Buenos Aires- mais y était-elle réellement allée? Étrangère à tout ce qui n'était pas la danse, elle poursuivait le mirage de quelque fantôme oublié.

L'homme, toujours aussi au comptoir, continuait à fixer les escarpins. Elle décida que c'était pour lui qu'elle dansait, et fit glisser sur le sol ses chaussures vieux rose. La semelle fatiguée chuchota au rythme du tango, inlassablement, jusqu'à ce que le jour vienne. Ils ne se parleraient pas, mais chacun aurait à chérir comme souvenirs de ces soirées hors du temps, quelques notes et toujours cette couleur fanée, ce rose qui avait un air d'infini.*
# Posté le samedi 14 juillet 2007 09:07

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